Le Conseil fédéral rejette l'initiative populaire "Contre l’immigration de masse"

Communiqués, Le Conseil fédéral, 07.12.2012

Berne. Le Conseil fédéral a adopté le message relatif à l’initiative populaire "Contre l’immigration de masse". Les buts et la teneur de cette initiative ne sont pas compatibles avec la politique migratoire actuelle de la Suisse. Le Conseil fédéral propose au Parlement de soumettre l’initiative au peuple et aux cantons sans contre-projet, en leur recommandant de la rejeter.

Déposée à la Chancellerie fédérale le 14 février 2012, cette initiative populaire demande une réorientation générale de la politique suisse d’immigration. Elle propose entre autres d’instaurer des plafonds annuels qui permettent à la Suisse de gérer de manière autonome l’immigration. Selon le texte de l’initiative, les plafonds et les contingents annuels pour les étrangers exerçant une activité lucrative devraient être fixés en fonction des intérêts économiques globaux de la Suisse et dans le respect du principe de la préférence nationale. Par ailleurs, le droit au séjour durable, au regroupement familial et aux prestations sociales pourrait être limité.

Une acceptation de l’initiative remettrait en question les relations bilatérales mises en place avec les pays qui sont nos partenaires en Europe et serait préjudiciable à l’économie suisse. En effet, la réglementation proposée est incompatible avec l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) conclu entre la Suisse et l’Union européenne (UE), et avec la convention correspondante passée avec l’Association européenne de libre-échange (AELE). L’initiative entraînerait également du travail administratif supplémentaire. Le Conseil fédéral propose donc à l’Assemblée fédérale de soumettre l’initiative au peuple et aux cantons sans contre-projet, en leur recommandant de la rejeter.

Politique migratoire suisse éprouvée

La politique d'immigration mise en œuvre par la Suisse est fondée, d'une part, sur l’ALCP, d'autre part, sur une admission restrictive de ressortissants des autres Etats, celle-ci devant servir les intérêts de l'économie suisse. Ces principes ont fait leurs preuves.

En effet, c’est aujourd’hui la situation économique de la Suisse, notamment la demande de main-d’œuvre qualifiée, qui détermine le niveau de l’immigration. La Suisse est le pays le plus compétitif au monde et affiche un taux de chômage extraordinairement bas. Pour le Conseil fédéral, l’immigration est un des facteurs clés qui expliquent l’excellente santé de l’économie suisse. C’est pourquoi il entend maintenir sa politique d’immigration actuelle et lancer des réformes internes pour remédier aux éventuelles répercussions négatives, en particulier au niveau des infrastructures.

Mesures liées à la croissance démographique

Déjà lors de l’introduction de la libre circulation des personnes, des mesures d’accompagnement avaient été mises en œuvre afin de prévenir les abus, notamment le non-respect des conditions de rémunération et de travail. Un renforcement de ces mesures est prévu, par exemple avec l’instauration de la responsabilité solidaire.

La croissance économique et l’immigration relativement élevée enregistrées ces dernières années en Suisse ont généré un accroissement démographique. En conséquence, le pays est confronté à de nouveaux défis en matière d’intégration, de logement, d’infrastructures, d’aménagement du territoire et de formation.

Cette immigration notable renforce la pression politique interne pour des réformes dans les domaines cités. Le rapport du groupe de travail chargé d’examiner les effets de la libre circulation des personnes et de l’immigration, adopté par le Conseil fédéral le 4 juillet 2012, arrive aussi à cette conclusion.

L’élément déterminant pour le succès de la politique menée en matière d’immigration réside, en fin de compte, dans l’intégration professionnelle et sociale des étrangers. Aujourd’hui, malgré une forte immigration, cette politique s’avère efficace dans l’ensemble. En outre, le Conseil fédéral prévoit de nouvelles mesures liées à la politique d’intégration et une augmentation des ressources financières allouées à cette fin.

Economie affaiblie et bureaucratisation renforcée

La libre circulation des personnes garantie par l’ALCP fait partie des libertés fondamentales indissociables, du point de vue de l’UE, d’une participation au marché intérieur européen. Si l’initiative était acceptée, la poursuite de l’ALCP serait compromise.

Ce scénario aurait de graves conséquences pour l’économie suisse, qui gagne un franc sur deux dans l’UE. En effet, l’ALCP est l’un des sept accords sectoriels conclus simultanément entre la Suisse et l’UE. Sa dénonciation entraînerait l’extinction automatique des accords liés. De surcroît, la réglementation en matière d'admission demandée par l’initiative engendrerait une surcharge administrative considérable aussi bien pour les employeurs suisses que pour les autorités cantonales et fédérales compétentes en matière de marché du travail et de migration. 

Il est possible d’interpréter l’initiative de manière à ce qu’elle ne soit pas contraire aux dispositions impératives du droit international public, raison pour laquelle elle est valable. Si elle devait passer le cap du scrutin populaire, sa mise en œuvre devrait encore être aménagée de manière à garantir le respect du principe du non-refoulement ainsi que d’autres engagements internationaux de la Suisse. Il faudrait notamment en tenir compte pour les plafonds demandés mais également pour les admissions accordées pour raisons humanitaires.

Autre initiative populaire déposée

Le 2 novembre 2012 a été déposée l’initiative populaire "Halte à la surpopulation - Oui à la préservation durable des ressources naturelles". Elle vise également à restreindre l’immigration en Suisse. L’initiative a formellement abouti le 6 décembre 2012.

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vers le haut Dernière modification 07.12.2012

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