"Il faut arrêter le tourisme de l’asile afin que le système Dublin reste crédible"

Mots-clés: Asile | Schengen/Dublin

Interviews, SEM, 27.04.2012. 24 heures, Martine Clerc Berne

Mario Gattiker, le nouveau patron de l’ODM, s’explique sur les dernières décisions en matière d’asile.

Depuis une semaine, la Suisse sévit contre les requérants qui déposent plusieurs demandes d’asile. Ils sont nombreux?
D’abord, je précise que ces nouvelles règles s’appliquent aux «cas Dublin», soit ceux qui ont déjà déposé une demande dans un pays européen. Nous avons constaté trop d’abus, notamment après le Printemps arabe. Environ 20% des personnes renvoyées vers un pays tiers – souvent l’Italie – reviennent en Suisse. Une tendance à la hausse. Certains requérants ont dit qu’ils laissaient leurs valises en Suisse, sachant qu’ils seront rapidement de retour. Ce n’est pas tolérable. Désormais, nous ne menons plus de procédure d’asile dans ces cas-là. Nous informons la personne qu’elle doit quitter la Suisse. En cas de refus, nous adressons directement une demande de réadmission à l’Etat compétent. Les requérants peuvent être placés en détention administrative. En cas de besoin, ils ne reçoivent que l’aide d’urgence.

En quoi ce serrage de vis est-il essentiel?
Il faut arrêter ce tourisme de l’asile afin que le système Dublin et notre politique d’asile en Suisse retrouvent leur crédibilité.

Avec son plan Maghreb, Genève offre 4000 francs pour le retour des délinquants récidivistes. Berne veut s’en inspirer, sans aller aussi loin. Pourquoi?
Le projet du Conseil fédéral représente un vrai changement de paradigme, qui mérite un débat. Jusqu’à aujourd’hui, nous refusions, par principe, d’offrir des indemnités de voyage à des requérants en détention administrative pour ne pas donner ce qui ressemblait à une récompense à ceux qui ont résisté au renvoi et commis des abus. Mais il faut regarder la réalité en face. Les obstacles au renvoi sont parfois nombreux. Ce sont finalement les cantons qui nous ont invités à réfléchir à la question et à revoir nos bases légales. En outre, un tel système est plus économique que l’organisation de vols spéciaux. Un vol spécial coûte 8000 à 10 000 francs par requérant. Rien qu’en 2011, 1,7 million de francs ont été dépensés à cet effet. Favoriser les retours volontaires est aussi une solution plus humaine.

Avec le risque de créer un appel d’air?
L’aide au retour volontaire existe depuis longtemps et n’a pas provoqué un tel phénomène. Notre politique de retour a même été imitée en Europe.

La Tunisie reste le troisième pays de provenance des requérants. Que faire pour maîtriser ce flux qui nourrit souvent la petite délinquance?
Après les Erythréens et les Nigérians, les Tunisiens sont en effet toujours les plus nombreux. Mais leur nombre est en forte baisse: 24% par rapport à fin 2011. Comme nous savons que leurs demandes sont manifestement infondées – seuls 7 Tunisiens ont obtenu l’asile l’an passé –, nous les traitons de manière prioritaire. Sur les 2574 demandes enregistrées en 2011, les deux tiers ont déjà quitté la Suisse après leur procédure. Il n’y a que 217 Tunisiens encore ici avec une décision de renvoi exécutoire. Grâce au partenariat signé avec la Tunisie, la question du retour des ressortissants en situation irrégulière est en train de se résoudre de la façon la plus humaine possible.

vers le haut Dernière modification 27.04.2012